Improviser !

Ecrire, jouer et mettre en scène des histoires, spontanément…

L’improvisation est l’art de l’échec

November 23rd, 2017 · No Comments

Je ne dis pas cela là la légère : l’improvisation est l’art de l’échec.

L’improvisation est indissociable de l’échec, l’échec est sa condition d’existence.

Sans échec, l’improvisation devient certaine.

Elle est exécution parfaite, elle est maîtrise totale, elle est contrôle absolu.

Elle est absence d’instabilité, elle est absence de vie : elle est la mort.

 

Méfiez vous de ceux qui n’échouent pas.

Sont-ils encore vivants ?

 

Méfiez vous de ceux qui dédramatisent l’échec.

Certes, ils peuvent le faire avec les meilleures intentions du monde.

Mais l’échec n’est pas anecdotique.

Il est vital, il est central, il est viscéral.

Dédramatiser pour permettre le premier pas, d’accord.

Mais c’est tout.

 

Méfiez vous de ceux qui rentabilisent l’échec.

De ceux qui “débriefent” tout.

C’est à dire de ceux qui pensent que l’on échoue pour apprendre de nos échecs.

Ils veulent tout rendre utile, performant.

S’ils ne peuvent simplement vivre l’échec, sans le questionner,

pourront-ils seulement accepter leurs succès ?

(La réponse est non.)

(Un succès ne sera pour eux qu’un répit avant un autre succès : une drogue.)

 

Méfiez vous de ceux qui font de l’échec un spectacle.

Ils peuvent parfois être sincères et touchants, comme les clowns.

Mais ils “divertissent” : littéralement, ils détournent l’attention.

Croient-ils encore à ce qu’ils font ?

 

Aimez échouer, d’un amour vrai et pour lui-même.

Choyez les moments où vous ratez.

Encaissez la bouse.

Goûtez votre humiliation.

Cultivez votre frustration comme on cultive un jardin,

car cela veut dire que vous êtes humains.

Restez au sol.

Vivez pleinement la chute, jusqu’au bout.

 

La marche a besoin du déséquilibre.

Vivre, c’est apprivoiser la mort.

 

Aimez véritablement l’échec.

Sans le dédramatiser.

Vous deviendrez invincible, immortel.

Libres des histoires que l’on se raconte pour ne pas échouer.

Libres d’être et de découvrir ce que vous êtes déjà.

 

Mais si vous aimez l’échec pour devenir invincible,

vous n’aimerez pas l’échec pour lui-même,

et alors vous ne deviendrez pas invincible.

 

***

 

Comme je l’ai souvent dit, si on déteste être projeté, on ne peut espérer devenir un maître du Judo. A mesure que l’on est projeté encore et encore, on doit apprendre à chuter et dépasser la peur d’être projeté. Alors on dépasse la peur d’être attaqué et l’on devient capable de prendre l’initiative de l’attaque. C’est seulement en s’entraînant de cette façon que l’on peut apprendre le vrai Judo.

Jigorō Kanō, fondateur du Judo [source]

 

***

 

Si le Judo est l’art de la chute, l’improvisation est l’art de l’échec.

Et l’improvisation théâtrale est l’art de la bouse théâtrale. A mesure que l’on produit des bouses, on dépasse la peur de ne pas plaire. Alors on peut prendre l’initiative de véritablement créer, de libérer ce qui est en nous.

“L’imagination est le soi véritable” nous dit Keith Johnstone.

Nous avons besoin de croire que nous imaginons pour révéler au monde qui nous sommes vraiment. Le théâtre est l’art de l’observation du monde et des êtres vivants. L’improvisation théâtrale, lorsqu’elle aime véritablement l’échec, nous donne accès à qui nous sommes vraiment.

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Philippe Caubère, déballer son intimité

October 9th, 2017 · No Comments

[Je réponds à votre question] pour lier l’art de l’acteur, qui est l’idée, on pourrait dire “théâtralement correcte” comme on dit “politiquement correct”, à une chose qui l’est moins, qui est le fait de déballer son intimité sur le plateau, qui est, pourtant, essentielle.

Philippe Caubère, Comment se fait votre travail d’improvisation ?

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“L’improvisation est la mère de l’art dramatique.”

September 13th, 2017 · No Comments

L’improvisation est la mère de l’art dramatique. Elle est à l’origine de tous les théâtres, de tous les contes, de tous les récits, de l’acte même de jouer, d’interpréter. Même lorsqu’on joue un texte actuel ou du répertoire, l’acteur improvise. Ce n’est plus la mémoire qui s’exprime mais le moment présent, bien sûr dans ce cas, répété jusqu’à l’oubli.

- Raymond Cloutier, L’improvisation phagocytée par un jeu de société

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Le Long Form (ou Longform) et les Formats Longs

July 21st, 2016 · 1 Comment

Il y a souvent confusion entre Long Form et Format Long.

De nombreux improvisateurs français, lassés du Match d’Improvisation Théâtrale se tournent vers les formats longs. Or depuis une dizaine d’année, le style américain d’improvisation, connu sous le nom de Long Form, s’est également importé en France. Il en résulte de nombreuses incompréhensions !

Le terme Long Form (ou Longform) est un terme qui vient des Etats-Unis et qui à l’origine ne recouvrait qu’une seule forme, le Harold, développée dans les années 1960 à San Francisco puis à Chicago sous l’impulsion de Del Close. Cette forme s’est ensuite démocratisée, développée et déstructurée pour aujourd’hui désigner la majeure partie de l’improvisation théâtrale pratiquée aux Etats-Unis.

iO Theater à Chicago et UCB Theater à New York sont les deux principales écoles ayant structuré une pédagogie complète autour de ce style d’improvisation.

Cependant, ce qu’on appelle Long Form aux Etats-Unis ne peut pas vraiment être traduit par Format Long en français car en France, on appelle généralement Format Long tout format qui tourne aux environs d’une heure de durée.

Le Long Form américain, que j’appelle personnellement “Long Form Thématique” ou “Long Form Organique” ou simplement “Harold” par opposition au “Long Form Narratif” et à la “Pièce Improvisée”, est plus un style de jeu qu’un vrai travail sur la durée des scènes. Si ce style de jeu vous intéresse, j’ai centralisé plusieurs ressources à ce sujet ici et ici qui vous permettront de creuser le sujet.

Il faut comprendre que le terme Long Form a été choisi avant tout par opposition à Short Form qui correspond aux Etats-Unis aux scènes avec contraintes et aux jeux d’improvisation, ce qu’on appelle chez nous “catégories”. Le Long Form est ainsi une réaction au style de jeu très codifié et contraint du Short Form, mais pas une réaction à la durée de ces scènes… Le Long Form n’implique ainsi paradoxalement pas de contrainte de longueur puisque la plupart des Harolds aux Etats-Unis durent entre 20 et 30 minutes et la durée moyenne des scènes est de 3 ou 4 minutes !

Voici quelques incompréhensions fréquentes sur le Long Form :

1) Le Long Form N’EST PAS forcément LONG

La plupart des Harolds tournent autour de 20 à 25 minutes. Un spectacle “Harold” classique à iO Theater (le temple du Long Form aux Etats-Unis), c’est TROIS Harolds par trois teams différentes en une heure, avec 20 à 25 minutes de temps de scène chacun.

2) Le Long Form N’EST PAS forcément LENT

Le Long Form est souvent très dynamique avec des transitions rapides et fortes et des scènes très punchy et très courtes (1 à 2 minute). Le jeu des comédiens n’est pas forcément posé ou sensible, mais souvent caricatural et direct. L’objectif affiché est explicitement de faire rire le public.

3) Le Long Form N’EST PAS une PIECE IMPROVISEE

Le Long Form présente souvent plusieurs scènes sans unité narrative, sans liens entre elles, à part leur relation à un thème global qui est souvent très vague ou diffuse. C’est plus une “exploration” d’un thème qu’une vraie construction d’histoire (même si ça peut l’être parfois).

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Cela dit, il faut reconnaître que le Long Form est un style de jeu très intéressant qui développe de nombreuses qualités : efficacité, sens du timing, sens de la comédie et capacités d’écriture de sketchs, audace dans les propositions et l’initiation de transitions, etc…

Si vous êtes arrivés ici en cherchant des pistes pour le travail de longues improvisations narratives et la construction d’histoires sur la durée, alors je vous recommande de vous orienter vers le “Format Long Narratif” ou “Pièce Improvisée”, pour lesquels vous trouverez des ressources utiles ici.

J’offre régulièrement pour diverses troupes des stages sur le Long Form américain, si cela vous intéresse. J’ai la particularité d’offrir également des stages sur les Pièces Improvisées, ce qui vous permet ainsi d’aborder les formats longs par différents points de vue et différent styles. Vous trouverez un catalogue de mes stages ici.

Le fait de travailler ces deux styles, simultanément ou de manière séquencée, permet de faire des progrès importants car la combinaison des deux développe un très large éventail de compétences tout à fait complémentaires, que l’on ne peut acquérir, ou en tout cas moins efficacement, en ne pratiquant qu’une seule approche.

N’hésitez pas à me contacter si vous êtes intéressé pour vous ou votre structure !

→ 1 CommentTags: Réflexion