Improviser !

Ecrire, jouer et mettre en scène des histoires, spontanément…

Etre évident

October 13th, 2011 · 7 Comments

Derek Sivers, gourou inclassable des années 2000, explique pourquoi il vaut mieux être évident et pourquoi la perception que nos idées ne sont pas bonnes parce qu’elles sont évidentes nous limite. Ça rejoint bien évidemment le principe de Keith Johnstone qui invite à être évidents: “Be obvious!” (”Soyez évidents !”)

Pourquoi ? D’une part, l’évidence de chacun peut être vue comme brillante pour un autre individu. C’est ce qu’affirme Sivers. D’autre part, il y a quelque chose d’universel dans l’évidence, qui est souvent reconnue comme telle une fois seulement qu’elle est prononcée : on apprécie une idée parce qu’elle est évidente à l’instant t, on se rend compte qu’on n’a pas été capable de la formuler nous-même jusqu’à l’instant t-1 et on trouve de fait génial celui ou celle qui réussit à le faire.

Bref: celui qui est évident sur scène sera plus facilement apprécié du public, avec un minimum d’effort sur le moment: et oui, il n’a qu’à “être évident” ! Par contre, celui qui cherche à être original aura tendance à se censurer et à se crisper pour trouver de “bonnes” idées.

Par pitié, ne cherchez pas à être originaux. Un improvisateur m’a par exemple récemment affirmé qu’il faut “toujours emporter le public vers ce qu’il n’attend pas (il se déplace et souvent il paye pour nous voir jouer), le surprendre… Qu’est-ce qui fait que cette histoire mérite d’être jouée devant un public ? Elle est originale, spontanée et surprenante, et oui, cela passe souvent par le conflit.” C’est une conception assez partagée parmi les improvisateurs que je connais. Et malheureusement, à force de vouloir être original, cela génère souvent des improvisateurs tendus sur scène et des improvisations sans queue ni tête, voire agressives car cette vision introduit une forme de compétition pour les “bonnes idées”.

Soyez évidents! Et bien entendu, ça se travaille;-)

Tags: Réflexion

7 responses so far ↓

  • 1 Ouardane // Oct 14, 2011 at 10:08 am

    J’applaudis !

    Pour aller encore plus loin, aller vers la solution la plus évidente à tout moment permet de maintenir une scène très sincère et vraie : chaque instant découle de l’instant précédent tout en restant évidente dans son déroulement.

    On évite ainsi les ajouts qui jettent tout ce qui a été apporté jusque là pour tenter de sauver la scène et l’amener dans une direction originale et surprenante.

    Le public sera surpris si vous êtes évidents. Si vous ne me croyez pas, essayez !

  • 2 Bruno // Jul 26, 2012 at 9:25 am

    Bonjour

    J’applaudis des deux mains, pour ce principe que je touchais du doigt de par l’enseignement que j’ai eu, et d’autre part ma propre expérience avec ma troupe d’impro.
    Je recherche donc des manières de bosser précisément ce point là, qui me semble capital, et malheureuse le truc le plus intéressant de l’article pour un convaincu comme moi ne fonctionne pas (plus) : le lien pour “ça se travaille”.

    Donc vous pourriez m’indiquer des exercices / des jeux pour bosser et s’entrainer à être évidents ?

  • 3 Ian // Jul 26, 2012 at 10:44 am

    Bonjour ! Merci pour le commentaire et content que ça vous parle !

    Alors, d’abord, je viens de corriger le lien.

    Pour le reste, l’exercice fondamental pour travailler l’évidence est : “What Comes Next ?” (Et après ?). Vous en trouverez une description en français ici : http://www.spontanement.org/wiki/doku.php/exercice:narration:etapres

    Cette exercice enseigne que la meilleure façon de faire des proposition est de donner à l’autre ce qu’il attend et donc d’être “évident” (narrativement). Il existe une variante qui s’appelle “Et après avec comité” et qui consiste à faire ce jeu mais avec l’ensemble du public : ainsi on sait si chaque proposition plait ou non au public et on peut lui demander pourquoi. En général, ce sont les propositions les plus “évidentes” qui sont retenues…

    Maintenant, je ne sais pas si c’est toujours utile de travailler un exercice à partir d’une description trouvée sur internet. J’ai déjà vu et eu des élèves qui ne comprenaient pas l’exercice qu’ils animaient eux-mêmes, et qui, après l’avoir fait correctement, découvraient une signification différente.

    D’une part parce qu’il faut comprendre la théorie derrière l’exercice et d’autre part parce qu’il faut que l’animateur ait la sensibilité et la compétence nécessaire pour transmettre, corriger, reprendre, expliquer aux élèves cette théorie à travers l’exercice.

    Donc si vous n’avez pas le choix, commencez à travailler l’exercice à partir de la description. Si possible, essayez de lire le livre dont il est extrait (mieux) ou travaillez avec un professeur qui connait bien la méthode (encore mieux) ou bien travaillez directement avec la personne qui a inventé la méthode (le top).

    C’est pour ça que le lien que j’indique mène vers le groupe de travail (gratuit) que j’anime chaque dimanche à Paris. Si vous ne pouvez pas venir à Paris, je peux aussi proposer des stages : http://improviser.fr/blog/stages/

    A très vite,

    Ian

  • 4 Bruno // Jul 27, 2012 at 5:52 pm

    Merci pour les indications. Ca fait un petit moment que je m’intéresse à la question de l’évidence après en avoir parlé avec un improvisateur parisien donc c’est pas totalement à nu que je me lance.

    Et effectivement, je vais m’atteler a lire Johnstone.

    Pour ce qui est de prendre un animateur spécialiste de la méthode, à travers d’un stage, ça serait effectivement l’idéal. Mais nous sommes sur Montpellier, donc pas forcément possible. Pas dans l’immédiat en tout cas.

  • 5 Ian // Jul 27, 2012 at 6:04 pm

    Avec qui en aviez vous-parlé ?

  • 6 Bruno // Jul 28, 2012 at 11:10 am

    Il s’appelle Guillaume Villon, et sa compagnie sur Paris s’appelle tout simplement “le théâtre spontané” je crois.

  • 7 Bruno // Jul 28, 2012 at 11:11 am

    Mea culpa, la troupe c’est “l’Arme à l’oeil”.

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