Improviser !

Ecrire, jouer et mettre en scène des histoires, spontanément…

Jouer grand ET vrai

June 23rd, 2015 · 5 Comments

Paradoxe #1

Il faut jouer grand. Sinon le public et les partenaires ne comprennent pas ce que vous jouez. Ça ne leur parvient pas et la scène reste un “mystère”. Il devient difficile de jouer avec vous car on ne sait pas à quoi réagir, comment réagir et comment écrire la scène ensemble.

Mais quand on joue grand, il est difficile de jouer vrai. On tombe souvent dans la caricature ou le côté “volontaire”. On force les choses sur scène et on perd en justesse.

Il faut jouer vrai. Il faut que vous-même, les partenaires, le public croyez à ce que vous jouez. Si ce que vous jouez n’est pas juste, on perd le jeu, on perd la connexion, on perd la vérité du théâtre. On ne peut plus s’identifier et on reste dans le commentaire.

Mais quand on joue vrai, il est difficile de jouer grand. Car quand on joue sincère, on se rapproche de nous-même, de la vie, du quotidien, et on devient petit, on joue moins grand. On parle moins fort. On engage moins notre corps. On n’élève pas le jeu et les thèmes traités dans nos scènes restent plats.

Donc, il faut jouer vrai ET grand. Ce qui, en pratique, relève de l’impossible, car il faut jongler avec deux forces contraires, réussir l’union de l’eau et du feu. Les bons comédiens sont ceux qui trouvent des solutions à ce paradoxe, sur scène, par le jeu.

Tags: Paradoxes

5 responses so far ↓

  • 1 Ouardane // Jun 23, 2015 at 4:23 pm

    Personnellement, j’aime le théâtre qui joue grand et vrai, mais je me méfie du “il faut jouer grand”. J’aime aussi la subtilité, et même si la subtilité peut être grande, je n’ai pas envie de la négliger.

    En revanche, je pense qu’il y a une tendance à assimiler vrai avec petit et réalisme, mais je pense qu’au théâtre, on atteint plus facilement le vrai avec du sur-réalisme et du grand! Une fois qu’on a établit une ligne de base (jouer grand, ou jouer sur-réaliste), on peut avoir une histoire qui suit ses propres règles qui va apparaître vrai. C’est aussi important de laisser le public se projetter.

    La notion que j’aime utiliser, c’est “est-ce que c’est lisible ?”, et effectivement, si c’est trop petit, ça ne l’est pas =D

  • 2 Ian // Jun 23, 2015 at 4:54 pm

    Peut-être qu’on ne parle pas de la même chose ?

    Grand, pour moi, ça veut dire clair, ou, comme tu dis lisible, oui. Ca implique de faire des choix clairs et de les transmettre dans son corps et dans sa parole aux partenaires et au public.

    Vrai, ça veut dire qu’on y croit. Ca implique de puiser dans sa sensibilité de ce qui est juste, et de ne faire que des actions qui sont en accord avec cela, ni plus, ni moins.

    Ce qu’on joue peut être clair, mais pas crédible.

    Ce qu’on joue peut être crédible, mais pas clair.

    Tu peux jouer grand subtilement, bien sur (par contre, je ne comprends pas trop ce que c’est le “sur-réalisme”).

    Dans ton post, tu semble dire qu’il faut “atteindre” le vrai. Pour moi, c’est une condition préalable. On doit être vrai (et grand) dès la première seconde. Le travail se fait en amont, par la préparation des comédiens et des scènes.

    La finalité peut varier : faire passer un message, une sensation, une ambiance, une histoire, faire vivre une autre réalité, transporter, transposer, etc… mais le vrai est une condition pour moi, pas une finalité.

    Schématiquement, avec ce paradoxe, voila ce que je propose. Je dis que grand et vrai s’opposent chez le comédien (c’est contestable, mais c’est en tout cas mon expérience). Si tu mets “grand / faux” et “vrai / petit” aux deux extrémités d’un même axe, tu te rends compte que la solution est probablement au milieu.

    Mais c’est là le paradoxe : le bon comédien (grand + vrai) et le mauvais comédien (petit + faux) jouent au même endroit de cet axe !

    Donc qu’est-ce qui les différencie ?

    Je crois que c’est une notion qu’on appelle le “jeu”, cette capacité à faire la synthèse entre soi, les partenaires, le plateau, l’espace, le public et à agir avec cette capacité à unifier le grand et le vrai à tout moment, à être clair et juste.

    Un axe vertical ?

  • 3 Ouardane // Jun 23, 2015 at 5:19 pm

    Je ne crois pas que être vrai soit vraiment présent dès le début d’un spectacle.

    Je crois que le public regarde une scène ou un spectacle avec suspension de l’incrédulité, et qu’à ce moment là, tu peux établir une logique interne au spectacle qui fonctionne si elle est “cohérente” (si elle n’enfreint pas ses propres règles) et que les comédiens s’y investissent.

    La crédibilité est perdue, plutôt qu’établie.

    Je pense aussi que “vrai” est aussi quelque chose qu’on retire d’une histoire, et donc dans le processus d’improvisation, il y a la vérité de l’instant, et la vérité de l’histoire qui s’atteint une fois qu’on l’a construite.

    Je ne crois pas que petit/grand vrai/faux soient sur le même axe.

  • 4 Ian // Jun 23, 2015 at 5:36 pm

    C’est vrai que le public tolère beaucoup de choses au début d’une scène ou d’un spectacle. On a un crédit de quelques secondes pour faire rentrer le public dans la scène ou beaucoup de choses peuvent être tolérées.

    Effectivement, on perd la crédibilité (crédulité ?) du public. Mais bon, ce que je veux dire, c’est que le public y croit ou non, et que c’est le travail du comédien de maintenir ça…

    Après je distinguerais le “réalisme” du “vrai”.

    Une histoire fantastique peut-être “vraie” et une histoire quotidienne peut être “fausse”. Je suis d’accord sur l’idée d’établir des règles internes à la réalité que tu veux créer et que ces règles vont aider à crédibiliser la réalité et à la rendre vraie.

    “La vérité d’une histoire”, j’imagine que tu fais référence au cercle des attentes ? L’idée que certaines évolutions de l’histoire sont plus ou moins crédibles ?

    Si tu ne crois pas que petit/grand vrai/faux soient sur le même axe, je crois que l’idée que j’essaie d’exprimer dans mon article ne va pas te convaincre…

    Encore une fois, c’est mon expérience. Elle me semble, rien qu’au niveau de l’improvisation, assez prouvée.

    Je vois deux grandes catégories de spectacles actuellement :

    - les cabarets, matchs, etc… => gros personnages, caricatures… Ca joue grand, mais je n’y crois pas.

    - les formats longs, etc… => personnages et situations réalistes, mais intentions très peu claires (ou alors changeantes) des comédiens. Ca joue vrai, mais ça n’est pas clair.

    Même sur les meilleurs spectacles d’impro (cabarets, matchs ou formats longs réussis), je vois souvent cette bataille entra vrai / petit et grand / faux se dérouler PENDANT le spectacle.

    On passe d’un moment crédible et intense, puis on relache le vrai (blague, commentaire) ou le grand (engagement dans la narration ou le jeu d’acteur qui baisse).

    J’imagine qu’il y a une vérité là dessous…

  • 5 Ouardane // Jun 23, 2015 at 5:59 pm

    C’est ce que voulais exprimer :

    jouer grand, ce n’est pas jouer réaliste (les mouvements, la voix, etc… ne sont pas celles d’une véritable personne), mais ils peuvent être vrai.

    Je suis d’accord que dans le paysage de l’improvisation française, il y a cette dichotomie, mais OTS fait du grand vrai de temps en temps =)

    Un de mes message n’est pas passé, mais je donnais l’exemple de “the truth” qui est un podcast sur-réaliste, mais vrai, pas tant dans le sens du cercle des attentes, mais dans le sens que malgré l’aspect sur-réaliste, je connecte tout de même ces histoires à ma propre expérience.

    http://thetruthpodcast.com/Story/Entries/2015/4/8_Can_You_Help_Me_Find_My_Mom.html

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