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[Coaching Improvisibles] #15 - Cercle des attentes, élément disrupteur

April 15th, 2007 · 2 Comments

Jeudi 15 mars a eu lieu la quinzième répétition de la troupe des Improvisibles pour l’année 2006 - 2007. Voici les principes qui ont été couverts pendant la séance, ainsi que les principaux exercices associés.

Principes à retenir

  • Principe – Être évident / Le cercle des attentes

Être évident signifie que les propositions que l’on fait restent à l’intérieur du cercle des attente de la scène. Lorsque l’on regarde une scène, on a des attentes en tant que public par rapport à celle-ci. En tant qu’improvisateur aussi, c’est-à-dire, en tant que constructeur de la scène. Cela signifie que les propositions que l’on fait doivent être cohérentes avec les propositions précédentes, mais aussi l’attente vis-à-vis de la suite.

Par exemple, si un roi du moyen age par en guerre avec son armée, on est en mesure d’attendre des propositions qui feront référence au registre de la guerre, du monde médiéval, etc… On ne s’attend pas à ce qu’il mange des chips devant la télévision. Les improvisateurs débutants pensent justement que cette idée est originale, et se trouvent souvent conforté dans cette idée par les rires du public, qui apprécie malheureusement souvent la destruction ou la moquerie sur scène… car la scène est alors détruite. Une telle proposition est beaucoup plus destructive qu’elle n’y parait.

C’est pourquoi nous devons construire ensemble, et proposer des idées qui restent dans le cercle des attentes de la scène. C’est ce qu’on entend par être évident.

La principale opposition que l’on rencontre est « Ce n’est pas original / créatif ». A cela il convient de répondre que chacun a sa propre évidence : ce qui est évident pour l’un ne le sera pas pour l’autre a tel moment précis dans telle situation précise. Pourtant, en regardant une scène donnée, chacun est en mesure de dire si une idée est ou non dans le cercle des attentes de la scène. Mais dans ce même cercle, chacun pourra proposer une idée différente…

En tant que joueur nous avons deux ressorts pour être évidents dans nos propositions:

  • L’attente du public,
  • L’attente de nos partenaires.

En s’entraînant à répondre aux attentes du public, nous nous entraînons à mieux percevoir le cercle des attentes. En s’entraînant à répondre aux attentes de nos partenaires, on s’entraîne à proposer des idées qui seront plus facilement acceptées.

C’est aussi un remède contre la « panne d’idée » ou la « faible créativité », qui font que les joueurs proposent peu sur scène. Pas besoin d’être créatif, il suffit de se poser la question : « qu’est-ce qui maintenant est évident pour la scène ? ».

Exercice : What comes next

  • Principe – Tilt – Élément disrupteur

Revenons à la structure de la scène :

  1. Plateforme
  2. Enjeu + Surenchère
  3. Résolution

Comment trouver un enjeu ? Un moyen simple est de réfléchir en terme « d’élément disrupteur ». Une fois une plateforme posée, il suffit de trouver un élément qui va chambouler la plateforme.

Ex : Un homme ramène une femme chez lui. Il lui offre un verre. [plateforme : « Qui / Quoi / Où » posée] A ce moment elle lui annonce « Je suis un homme ». [élément disrupteur]

Il faut que cet élément chamboule la plateforme, et surtout que les joueurs soient affectés par lui ! On voit souvent des éléments disrupteurs énormes apparaître dans des scènes, qui malheureusement n’affectent personne, ou sont complètement minimisés.

Ex : Même plateforme + « Je suis un homme »

Réponse A : Ah bon. Ok. (neutralité)
Réponse B : Oui, j’aime les hommes ! (réaction hors du cercle des attentes, minimisante, « originale »)
Réponse C : Quoi ! Pourquoi tu ne me l’a pas dit ! (réaction évidente, et qui affecte le personnage)

Une fois l’élément disrupteur intervenu, il est simple de continuer à bâtir dessus. L’élément disrupteur peut être de deux natures différentes :

  • Interne à la relation (Ex : « Je suis en réalité un homme, John. »)
  • Externe à la relation (Ex : « Une météorite nous arrive dessus, Capitaine ! »)

Il est plus simple et facile pour les improvisateurs de partir d’une plateforme positive et d’amener un élément disrupteur fort. En effet, il est plus impactant de donner une « mauvaise nouvelle » à un couple qui part en vacances qu’à quelqu’un qui sait qu’il va mourir dans une semaine. Au improvisateur d’être affectés par le changement !

Exercice : Plateforme + Tilt

Tags: Techniques

2 responses so far ↓

  • 1 finpoil // Apr 17, 2007 at 7:30 pm

    Quelle abondance de billets éclairés, ces temps-ci!
    Okay, je pense que tu transmets très bien la pensée de Johnstone, mais j’aimerais quand même apporter quelques nuances:
    1) beaucoup des règles que tu donnes sont formulées par la négative; l’improvisateur débutant va avoir du mal à se retrouver entre les “évitez de…” et les “ne faites surtout pas…”. On finit par croire que l’impro est pavée de fautes à ne pas commettre.
    2) Le fameux “be more boring” qui titre ton blogue se retrouve dans le “cercle de pertinence” que tu décris dans ce billet; or, je suis étonné que tu ne relève pas la contradiction entre cet appel à la banalité et “l’orginalité” nécessaire à la mise en place d’un “tilt”: pour moi, le tilt est précisément un élément qui perturbe le cours de l’histoire parce qu’il amène un nouvel élément surprenant… généralement en dehors du “cercle d’attente” du public. Mais je peux me tromper.
    3) Je reviens sur les règles et les “principes” que tu formules, en général. La seule question que j’aie osé poser à Keith Johnstone lors de sa venue à Paris, c’était “est-ce que toutes vos règles ne sont pas un peu contradictoires, un peu paradoxales certaines fois?” Il m’a répondu: “Oui, c’est vrai dans l’ensemble. C’est vrai pour la plupart des règles, et dans d’autres domaines que l’impro. Mais les règles, c’est surtout fait pour les débutants.” En ayant lu l’ouvrage de Mick Napier, qui déconstruit magistralement toutes les règles d’or qu’on peut avoir sur l’impro, je pense de plus en plus qu’on doit se garder de marteler des “principes” de construction: la seule règle, c’est de pouvoir tenir le spectacle, non? On serait surpris du nombre de “principes” enfreints dans un bon spectacle…

  • 2 Ian // Apr 20, 2007 at 4:57 pm

    Oui, je suis d’accord, mais comme le dit KJ “Les règles, ce sont pour les débutants.” Voir le Billet de Jill Bernard ici à ce sujet.

    D’un point de vue de coach, je pense que les règles sont bonnes pour les débutants. Mais elles ont vocation à être enlevées. C’est le point de vue de Tournier aussi lorsqu’il parle du onzième principe: oubliez les autres principes!

    Le principal défaut d’une approche “principe” de l’enseignement de l’impro, c’est le côté moralisateur et liberticide: ça aide moins à se laisser aller… Ca fait aussi ressortir l’égo, parce qu’on peut se sentir blessé si on se voit reprocher d’avoir mal fait. Or l’ego est un des pires ennemis de l’improvisateur. Je devrais plutot préférer une formulation positive, tu as raison.

    Un tilt original? Oui, c’est sûr, ça arrive. Pour moi, les deux moments sur scène où on peut exprimer son originialité, c’est la plateforme et le tilt. Mais le tilt doit malgrè tout rester dans le cercle d’attente du public et du partenaire. Et encore une fois, cette règle a vocation à être brisée (à long terme). Un tilt hors du cercle peut être rudement bon! Mais hors du tilt et de la plateforme, on gagne à rester dans le cercle…

    D’ailleurs, à Londres, KJ m’a dit aussi “C’est quand tout va mal qu’on voit le vrai type d’improvisateur: Bulldozer, Passenger, Gagster, Dullard, etc…” Sur une improvisation où tout va mal, les principes ont tendance à très rapidement disparaitre!

    Je n’ai pas lu Mick Napier, c’est fort dommage: je commande dès aujourd’hui son livre.

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